Bricoleur, qui es-tu ?
« Production, échange et consommation à l’ère de l’homo bricolans », c’est ainsi que notre blog se présente. Mais nous n’avons finalement jamais véritablement défini notre Homo bricolans.
Partons d’abord d’un constat. En France, bricoler est reconnu qualité d’utilité privée. N’est-il pas indispensable d’avoir soi-même quelques talents de bricoleur ou, à défaut, d’avoir un ami/voisin bricoleur ? Cet espace privé, essentiellement celui du chez-soi, déborde dans l’espace professionnel, mais un espace spécifique : celui de l’artiste ou du savant, pour lesquels bricoler est aussi un talent, mais dont la pratique bricoleuse hérite d’un qualificatif supplémentaire : ils sont des bricoleurs de génie.
Toujours en France, le monde de l’entreprise est un monde où l’on ne bricole pas. Enfin, tout le monde bricole parce que le principe même de la production consiste à « faire toujours plus avec toujours moins ». Mais personne n’a le droit de le dire, ayant été formé à faire « comme il faut », avec les « bons outils ». Tout juste peut-on utiliser les mots « trucs et astuces ». Gaston Lagaffe illustre à merveille cette critique radicale du bricolage en entreprise. Pourtant, il n’en a pas toujours été de même. Colette disait en 1936 « Si je fais le portrait du bricoleur type, je fais celui du Français ». Et si la France n’avait pas de pétrole au milieu des années 70, « on avait des idées » et le système D.
Ce sont les multiples travaux en sciences du management de langue anglaise, valorisant tous le « bricolage » (au sens de Claude Lévi-Strauss, donc dans sa forme française), qui nous ont donné envie de réfléchir au bricoleur dans toutes ses dimensions, avec comme double objectif d’en affiner la définition, et de lui donner légitimité et crédibilité dans l’espace économique.
Le tableau ci-dessous présente le résultat de travaux de recherche initiés par Raffi Duymedjian et Charles-Clemens Rüling (ce qui explique la complexité de certains termes). Je n’en détaillerai pas le processus de construction, si ce n’est pour souligner 2 points : (1) Le bricoleur tel qu’il est décrit ci-dessous est un idéal-type, c’est-à-dire une figure qu’on ne rencontre jamais en l’état dans la réalité, mais qui nous aide à penser une façon d’être ; (2) cette façon d’être se caractérise non seulement (et banalement) par une façon de faire, mais aussi par une façon de connaître et une vision du monde, trois modes qui « font » le bricoleur type.
Dans les billets qui suivront, nous montrerons l’influence de ce mode d’être (associant un agir, un penser, un voir) sur les processus de production, d’échange et de consommation, constitutifs de notre Economie du Peu. Nous en profiterons pour éclaircir quelques points peut-être absconds du tableau.
En attendant, voici notre représentation du bricoleur.
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Pratique du bricoleur –Facette la plus visible du bricoleur, schématiquement définit par le fait de « faire avec »
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Collecte à travers de rencontres imprévues, et constitue un stock sans intention d’usage clair.
Dialogue avec les éléments de son propre stock ou les entités environnantes (à portée de main à identifiées comme virtuellement utilisables.
Réalise un assemblage de ces éléments en jouant avec eux tant par agencement que par substitution oudétournement. Il manifeste ainsi un faible biais de fixité fonctionnelle. Cet assemblage laisse visible la façon dont sont assemblés les éléments constitutifs, et dont le résultat final ne sera que vaguement ressemblant à l’intention initiale.
Le bricolage-résultat donne satisfaction tant que « ça
marche », qu’il répond au problème à résoudre. |
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Epistémologie – nature des connaissances détenues par le bricoleur et type de rapport qu’il entretient avec elles
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Détient une connaissance personnelle et intime des éléments de son stock, c’est-à-dire qu’il se sent capable de pouvoir en faire usage.
En tant qu’il est capable d’effectuer un grand nombre de taches diverses, le savoir du bricoleur est essentiellement marqué par la polyvalence, polyvalence qui, fondée sur un « ça pourra surement servir un jour » lui procure un fort sentiment d’efficacité personnelle et un haut degré de résilience. |
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Vision du monde –représentation symbolique sous-jacente au mode d’être et d’agir du bricoleur
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Le monde est un système complexe d’élémentsinterconnectés au sein duquel les entités sont en influence mutuelle
Cette complexité implique que « tout vaut », que chaque entité mérite considération.
Ce monde est clôt au sens où, lors du dialogue/assemblage, le bricoleur « fait avec » ses moyens matériels et ses connaissances, sans tenter, du moins intentionnellement, de sortir du cadre de son stock et de son contexte d’action.
Le temps du bricoleur est à la fois le moment présentde l’assemblage en cours de fabrication, et l’éternité(l’atemporalité) de la constitution du stock. |