La rigueur : l'optimisation d'une politique responsable !!!
En ces heures de crises, nous voyons plus que jamais que la modération est un concept étranger à l’économie. Nous l’avons déjà évoqué, la croissance ne s’inscrit que dans un mode intensif et accumulatif – exponentiel. Nulle place pour la croissance modérée donc. Soyons plus précis : ce sont bien les objectifs de croissance qui doivent être maximisés et les plus élevés possibles.
Malheureusement, la rigueur, l’austérité, dont on nous parle tant répond à la même logique. D’abord, la notion de rigueur est en soi curieuse et mérite quelques précisions. Elle désigne l’ensemble des mesures visant à « assainir » une économie en crise que tout gouvernement responsable doit prendre. Reste dans un premier temps à définir à son tour la crise. Alors que la crise financière et économique de 2008 avait suscité des politiques de relance, la « crise » actuelle serait une crise de la dette qui visiblement nécessite des actions exactement inverses à celles pratiquées depuis 2 ans. Or, peu de pays ont véritablement connu une crise de la dette – comme le Mexique dans les années 80 – et des pays comme le Japon s’accommodent d’un endettement massif sans que cela n’handicape leur économie. Dans un sens, l’endettement est même salutaire pour assurer une certaine rentabilité et des débouchés aux épargnants grâce aux créances souveraines. En réalité, la « crise » de la dette actuelle n’est qu’une manifestation de l’instabilité des marchés financiers provoqués par 2 agences de notation privées, que personne ne régule ni ne contrôle.
Dans un deuxième temps, attardons-nous sur l’idée d’« assainissement » de l’économie. Une fois encore, le vocabulaire médical ou ménager laisse à supposer que certaines nations s’encombrent d’actifs « sales », pourris, soit les dépenses et la dette publiques. La dette privée est rarement évoquée et les pratiques, les modes opératoires ou tout autre mécanisme entravant l’économie sont ignorés. Une économie « malsaine » est une économie dont les dépenses de l’Etat sont trop élevées !!! Deux idées fortes sous-tendent cette approche largement relayée par les médias : les monétaristes ont critiqué les politiques publiques en dénonçant les effets d’éviction et l’Etat serait un agent économique comme un autre, voire un simple ménage. Il s’agit de nier les spécificités de l’Etat en tant qu’agent et de ses dépenses. Un gouvernement responsable est donc un gouvernement qui s'engage à réduire les revenus qu'il génère grâce aux dépenses publiques et qu'ils distribuent directement ou indirectement, bref un gouvernement qui s'engage à appauvrir sa population.
Dans un troisième temps, les mesures de rigueur ne laissent pas de place pour la nuance ou pour la modération. Nous l’avons vu en Grèce : il s’agit réduire le plus possible les dépenses de l’Etat et de réduire la dette publique. La maximisation de la rigueur en somme !!!! En dehors de l’orthodoxie la plus dure que suppose ces mesures, exigées par le FMI et son directeur socialiste et par l’Union Européenne et le président de la Commission, socialiste lui aussi, la méthode peut laisser perplexe. La Grèce, économie déjà fragile avant la crise de 2008, dont les ressources restent très limitées se voit contrainte de faire le plus possible pour résoudre une crise de la dette virtuelle !!!!
Beaucoup s’interroge sur les conséquences d’une croissance toujours plus forte. Mais quid d’une austérité sans nuance et sans modération ? Qui peut imaginer que ces « choix » ne soient pas catastrophiques pour les citoyens grecs ? Comment demander à un pays qui, il a y a peu, faisait partie du « tiers monde de l’Europe » de se serrer la ceinture ? Les arguments en faveur d’un « assainissement » sont déjà hasardeux, comment accepter qu’ils soient à l’origine d’une austérité optimalisée ?
L’humain et le lien social s’effacent devant la maximisation. Certains croient que les hommes peuvent les retrouver dans la croissance ; cela se discute. Certains, les mêmes, préfèrent botter en touche et évoquer la responsabilité quand ils plaident en faveur de la rigueur ; il n’y a donc plus de discussion, humain et lien social n’ont plus leur place dans l’économie.