Quand la misère annexe la pauvreté

Publié le par Raffi Duymedjian

Nous souhaitons dans ce blog parler du Peu. Cet adverbe, difficile à transformer en substantif, frôle celui de pauvreté. Or, et pour notre plus grande tristesse, nous constatons jour après jour les amalgames permanents dans la presse entre misère et pauvreté. Pourtant, une distinction remarquable de précision, de rigueur et de cœur avait été proposée dans deux magnifiques ouvrages de Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté (Babel, Actes Sud)  puis La puissance des pauvres (Actes Sud, en collaboration avec Jean Robert). Le pauvre, celui qui manque du superflu alors que le miséreux manque même du nécessaire, représente pour lui une figure incarnant frugalité et simplicité. Elle trouve noblesse dans des mondes aussi divers que l’Occident des origines (Platon et Aristote), le monde arabe ou le Japon (à travers le Seihin, l’honorable pauvreté).


Pourtant, malgré cette différence claire et éclairante de tant de situations concrètes, nous restons pessimistes quant à faire entendre l’écart entre pauvreté et misère. « Pauvreté » est si aisément rapproché de pénurie et de survie que la misère, point très vite le bout de son effroyable nez. S’y mêlent l’intensité dramatique de cette « misère », dont sont friands les médias avides d’extrême (gagnants du loto vs. Sdf), ou encore l’institutionnalisation du mot pauvreté dans des expressions banalisées tel le « seuil de pauvreté ». En tout cas, nous savons d’ores et déjà que ce blog et nos propos autour du Peu n’échapperont pas aux critiques nous accusant de justifier l’existence d’une pauvreté/misère ou prônant un retour à la bougie. Acceptons-le comme tel…

Publicité

Publié dans généralités

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
V
Beau, bon poste. Je viens de tomber sur votre blog et je voulais dire que je l'ai vraiment apprécié la lecture de vos messages blog.
Répondre
V
<br /> Plus généralement encore, nos sociétés modernes manipulent difficilement les notions de richesses, et pauvreté et de misère. En premier lieu, peu de discours s'en font l'écho : relevant pourtant du<br /> champ du politique, de l'économique et du social, il est rare qu'un responsable politique ou un économiste développe un raisonnement autour de ces notions.<br /> En second lieu, si prise de parole il y a sur la richesse et la pauvreté, elle est alors dénuée de nuance. En effet, il est vrai que misère et pauvreté sont assimilées sans complexe. En revanche,<br /> nul ne parle de richesse. Pourtant, qu'en est-il vraiment? Est-ce être milliardaire, posséder un ordinateur portable inaccessible à 90% de la population mondiale ou satisfaire tous ses besoins<br /> fondamentaux? Est-ce être une nation offrant des soins de santé et une éducation pour tous ou une nation possédant des ressources pétrolières?<br /> Les économistes ont botté en touche: ils se raccrochent à des indicateurs tous plus divers les uns que les autres. Les politiques semblent ne plus vouloir aborder la question.<br /> Néanmoins, ne touche-t-on pas le coeur du projet de toute société humaine, faire mieux vivre les membres la composant. Reste à savoir comment, les rendre plus riche? Mais de quoi? La question est<br /> sans réponse. Les rendre plus satisfait? Comment et par quoi?<br /> Curieusement, tant de questions fondamentales sont mises en sourdine par tous, y compris par les principaux intéressés, les citoyens. Cela en dit long sur le climat culturel, économique et sociale<br /> de nos sociétés.<br /> <br /> <br />
Répondre