Quand la misère annexe la pauvreté
Nous souhaitons dans ce blog parler du Peu. Cet adverbe, difficile à transformer en substantif, frôle celui de pauvreté. Or, et pour notre plus grande tristesse, nous constatons jour après jour les amalgames permanents dans la presse entre misère et pauvreté. Pourtant, une distinction remarquable de précision, de rigueur et de cœur avait été proposée dans deux magnifiques ouvrages de Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté (Babel, Actes Sud) puis La puissance des pauvres (Actes Sud, en collaboration avec Jean Robert). Le pauvre, celui qui manque du superflu alors que le miséreux manque même du nécessaire, représente pour lui une figure incarnant frugalité et simplicité. Elle trouve noblesse dans des mondes aussi divers que l’Occident des origines (Platon et Aristote), le monde arabe ou le Japon (à travers le Seihin, l’honorable pauvreté).
Pourtant, malgré cette différence claire et éclairante de tant de situations concrètes, nous restons pessimistes quant à faire entendre l’écart entre pauvreté et misère. « Pauvreté » est si aisément rapproché de pénurie et de survie que la misère, point très vite le bout de son effroyable nez. S’y mêlent l’intensité dramatique de cette « misère », dont sont friands les médias avides d’extrême (gagnants du loto vs. Sdf), ou encore l’institutionnalisation du mot pauvreté dans des expressions banalisées tel le « seuil de pauvreté ». En tout cas, nous savons d’ores et déjà que ce blog et nos propos autour du Peu n’échapperont pas aux critiques nous accusant de justifier l’existence d’une pauvreté/misère ou prônant un retour à la bougie. Acceptons-le comme tel…