Traces, rides, rayures et autres marques

Un de mes amis m'a un jour prêté une série de Manga. Ses livres étaient en parfait état, ce qu'il s'est empressé de me préciser pour me demander, sans que finalement cela ne me surprenne, de lui les rendre "en l'état". J'ai accepté...sans savoir comment j'allais m'y prendre.
Cette attitude me rappelle les fonds de teint et des crèmes anti-âges. Elles sont supposées gommer les traces du temps, atténuer les rides, uniformiser la peau. A ceci prêt que ces produits affrontent des traces face auxquelles on ne peut rien faire d’autre, alors que pour mon ami, il est possible de prévenir l’apparition de l’âge sur ses ouvrages par une utilisation adéquate.
Ces deux exemples donnent l’impression qu’il est loin le temps où la vie d’une personne se lisait dans ses rides, les couleurs de sa peau, les multiples cicatrices qui parcourent son corps (dont, d’ailleurs, elle se rappelle chaque naissance) ; loin, aussi, le temps des livres dont le jaunissement des pages, l’odeur de vieux papiers s’associent à une histoire personnelle (nos livres d’enfance), à l’histoire d’autrui (ce livre a vécu, est passé par de nombreuses mains, a suscité, les soulignements au crayon de papier en témoignent, maintes réflexions) ou à l’Histoire tout court (celle d’une 1ère édition).
L’acceptation de l’impermanence des choses, de leur vieillissement, la mélancolie qui s’en dégage et qui n’est rien d’autre que l’acceptation du temps qui passe et de sa marque sur les choses, marque qui les rend plus belle, qui leur donne vie, les Japonais en ont fait le cœur de leur esthétique. Dans ce pays, les choses (certaines choses, celles faites avec patience, avec amour, avec soin, celles dont le matériau compte le temps) sont conservées longtemps, très longtemps, parce qu’elles appartiennent au monde et qu’elles doivent comme tout un chacun y vivre leur vie.
Découvrez le wabi-sabi…
Quelques liens à visiter :
http://www.tropiques-japonaises.fr/2008/02/09/le-wabi-sabisme-nest-pas-un-humanisme-comme-lunivers/