Besoins 1
Les pratiques bricolantes interrogent la notion de « besoin » et appellent une étude approfondie des processus de bricolage, ces détours de production qui satisfont les besoins des individus.
Il y a donc deux niveaux d'analyse: la définition du besoin, ensuite les modalités de satisfaction, les deux étant étroitement liés.
Ces deux niveaux définissent le type de société, le modèle économique où la matrice culturelle, institutionnelle joue un rôle essentiel. Selon chaque type de besoin et son mode de satisfaction nous pouvons différencier l'économie du peu du modèle économique dominant dans nos sociétés développées.
Pour procéder à cette analyse, je propose d'utiliser la grille des besoins humains universels de Manfred Max-Neef. Auteur de « Barefoot Economics », cet économiste chilien spécialiste du développement durable et de l'Amérique Latine à identifié dans les années 80 neuf besoins fondamentaux et universels: Subsistance, Protection, Affection, Compréhension, Participation, Loisir, Création, Identité et Liberté.
Chacun des besoins est satisfait par quatre processus ou modalité: l'être, l'avoir, le faire, interagir.
Exemple:
Subsistance = le besoin
Les modes de satisfaction sont:
l'être: santé, forme...
l'avoir: nourriture, abri, travail...
le faire: se nourrir, travailler, dormir...
interagir: environnement social, naturel...
Chaque société privilégie certains besoins et aussi certains modes de satisfaction.
Le modèle économique dominant est de satisfaire chaque besoin en lui fournissant le bien ou service correspondant: argent contre la pauvreté, médicaments pour la santé, formation pour le travail, ...
Or, ce type de réponse, basé sur le mode « consommation », apporte une réponse « univoque » au besoin.
Dans l'économie du peu, ce que nous cherchons à renforcer c'est la réponse « synergique », qui satisfait plusieurs besoins à la fois. Par exemple, le réusage d'un produit familier pour en changer le contenu satisfait le besoin de subsistance, mais également d'affection (car proximité et lien affectif avec le produit), la liberté (car pas d'obligation d'achat, de consommation) et de créativité. Sans cela, l'acte unique d' « acheter » au lieu de « faire avec » ne satisfait que le besoin de subsistance, et par un mode ou processus unique.
Cette réponse « synergique » au sens de Max Neef qu'apporte à mon sens la pratique bricolante s'inscrit dans notre vision de l'économie du peu,dans laquelle les sociétés à taille humaine, caractérisées par des relations coopératives, créent la satisfaction synérgique des besoins, tout en explorant tous les processus pour y arriver.