Histoire de peu n°6 - Simplement heureux...
Je considère ce collègue comme un bricoleur. Pas particulièrement manuel, ses amis le confirmerons, bien plutôt « intellectuel ». Il s’amuse à jouer avec des symboles de toutes sortes, intégrant dans ses cours des exemples venant tantôt de la littérature managériale la plus pure, tantôt de www.viedemerde.com. Il utilise textes, images, vidéos et sons, arrangeant (et s’arrangeant avec) citations « profondes » et images de Rahan ou Gaston Lagaffe, vidéos de Friends, de Prison Break, de France 2 ou de LCI, sons de France Culture ou Inter.
Sa recette ? Une vigilance constante qui maintient l’esprit alerte même quand il est plongé dans un roman, une émission radiophonique ou un épisode de série. Ses cours ne sont jamais loin, suffisamment cependant pour ne pas lui gâcher le plaisir.
De plus, cette activité lui semble facile (avec un peu de pratique). Les éléments qu’il assemble, il les trouve sans les chercher, les rencontre par hasard, certains de ces heureux hasards prenant parfois forme pédagogique. De plus, il entretient à leur égard un intérêt, une satisfaction, une joie, un peu de cette amitié qu’Hannah Arendt affirmait ressentir vis-à-vis des auteurs qu’elles citaient. Et ce bonheur se prolonge en salle de classe quand cette matière symbolique est présentée, analysée, commentée, et qu’il la redécouvre, en quelque sorte, à travers le regard de ses étudiants.
Je me suis longtemps demandé si cette façon de fabriquer les cours était pour quelque chose dans l’état de bonheur, parfois d’euphorie dont il me parle, lié à ce plaisir du « faire avec », un faire avec que ce l’on connait, que l’on aime, qui nous est si familier. Et j’ai finalement trouvé réponse chez Piero Ferrucci, écrivant récemment dans son « Art de la gentillesse » que (traduction de l’anglais) « ceux qui "font avec" (make do) sont les plus susceptibles d'être sereins et heureux ». C’était donc ça :-)
Piero Ferrucci, L'art de la gentillesse, Robert Laffond, 2007